Charly Marie
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  • Résumé
  • Point de départ
  • Mécanismes du côté de la personne pouvant stigmatiser
  • Mécanismes du côté des personnes pouvant être stigmatisées
  • Mécanisme transversal : le stigmate perçu
  • Pourquoi je me suis inscrit dans ce cadre
  • Références

Penser la stigmatisation comme un système : le cadre proposé par Fox et al. (2018)

Vulgarisation scientifique
Stigmatisation
Psychologie sociale
Ce billet présente le cadre théorique proposé par Fox et al. (2018) pour penser la stigmatisation comme un système articulant différents niveaux sociaux, acteurs et perspectives.
Date de publication

19 janvier 2026


Résumé

La stigmatisation est un objet central en psychologie sociale, mais elle reste souvent abordée de manière fragmentée, ce qui limite la cumulativité des connaissances. Le cadre proposé par Fox et al. (2018) part de ce constat et vise à clarifier les concepts mobilisés dans l’étude du stigmate et de la stigmatisation.

Ce cadre propose de penser la stigmatisation comme un système articulant plusieurs perspectives. Il distingue les mécanismes du côté des personnes pouvant stigmatiser (stéréotypes, préjugés, discriminations), ceux du côté des personnes pouvant être stigmatisées (stigmatisation vécue, anticipée et internalisée), ainsi qu’un mécanisme transversal, le stigmate perçu, qui renvoie à la perception de la stigmatisation comme phénomène social partagé.

L’intérêt de ce cadre est de fournir une grammaire conceptuelle commune permettant d’articuler des processus individuels, interpersonnels et structurels.

Point de départ

Comme déjà dit ailleurs, ce blog sert notamment à synthétiser des travaux auxquels j’ai participé. Parmi ces travaux, ceux que j’ai réalisés sur le chômage s’appuient, à un moment ou l’autre, sur un papier d’Annie Fox (2018) qui m’a beaucoup influencé et qui serait donc revenu en boucle. Plutôt que de me répéter constamment, j’ai préféré rédiger une rapide vulgarisation et synthèse de ce travail.

L’article part du constat d’un manque de cohérence conceptuelle dans les travaux sur le stigmate et la stigmatisation : les mêmes termes sont employés pour faire référence à des construits différents (et inversement), ce qui limite la cumulativité des résultats et la comparaison entre études. C’est un problème assez récurrent en psychologie, déjà souligné par Link & Phelan (2001) sur le sujet même de la stigmatisation, et encore récemment par Bringmann et al. (2022) cette fois en psychologie en général.

Fox et al. (2018) tentent donc de mettre de l’ordre dans ce méli-mélo de définitions et de concepts, et proposent de structurer le stigmate autour des perspectives (1) des personnes pouvant stigmatiser et (2) des personnes pouvant réceptionner cette stigmatisation, afin d’ordonner des construits souvent confondus. Ce faisant, les autrices unifient des concepts et des travaux antérieurs, et les articulent à des mécanismes individuels, culturels et structurels. Bien que développé initialement pour la maladie mentale, il peut être appliqué à d’autres stigmates.

Si le cadre est initialement pensé pour les stigmates entourant la maladie mentale, il peut être appliqué à d’autres stigmates. Dans ma thèse, nous avons considéré qu’il constituait un compromis particulièrement pertinent : suffisamment structurant pour organiser la littérature, sans être trop exhaustif au point de devenir difficile à mobiliser (par exemple, Pescosolido & Martin (2015) proposent un cadre certainement plus riche et complet, mais en retour plus complexe à articuler et à opérationnaliser).

Le point de départ est l’identification du chômage comme une identité socialement dévalorisée et culturellement située, et l’idée que la séparation entre “eux” et “nous” est constitutive du processus de stigmatisation (Link & Phelan, 2001. Je ferai certainement un post sur ce modèle un jour, car il est très fondamental). C’est la petite boîte tout en haut du schéma de la Figure 1 : le “Societal Stigma of Mental Illness”, en français “Stigmatisation Sociale de la Maladie Mentale.”

Représentation graphique du cadre de Fox et al. (2018)
Figure 1: Cadre de Fox et al. (2018, p. 350).

Mécanismes du côté de la personne pouvant stigmatiser

Du côté des personnes qui peuvent stigmatiser, le cadre de Fox et al. (2018) reprend une tripartition classique en psychologie sociale :

  • Stéréotypes : l’aspect cognitif de la stigmatisation, renvoyant à un ensemble de croyances associées à un groupe.
  • Préjugés : l’aspect affectif de la stigmatisation, correspondant aux réactions émotionnelles suscitées par ces croyances.
  • Discrimination : la dimension comportementale, qui renvoie aux conduites différenciées envers une personne du fait de son appartenance à un groupe. Les discriminations découlent des stéréotypes et des préjugés.

Cette articulation relie des représentations individuelles et collectives à des conséquences interpersonnelles et institutionnelles, comme le rejet, la tolérance de traitements inéquitables ou le soutien à certaines politiques publiques.

Mécanismes du côté des personnes pouvant être stigmatisées

Du côté des personnes qui vont réceptionner ces stéréotypes, préjugés et discriminations, bref être stigmatisées, le cadre distingue trois mécanismes :

  • Stigmate vécu : le fait d’être effectivement la cible de stéréotypes, de préjugés ou de discriminations, de manière ponctuelle ou répétée.
  • Stigmate anticipé : l’attente, l’anticipation d’être soi-même la cible de stéréotypes, préjugés et discriminations
  • Stigmate internalisé : l’appropriation des stéréotypes et préjugés dévalorisants, leur incorporation à sa propre définition de soi, à son identité personnelle.

Mécanisme transversal : le stigmate perçu

Le stigmate perçu renvoie à la perception de l’existence de stéréotypes, de préjugés et de discriminations dans la société, indépendamment de ses propres opinions personnelles ou expériences passées. Cette distinction est centrale, il ne faut pas confondre ce que les individus pensent personnellement et ce qu’ils et elles pensent être socialement partagé.

Pourquoi je me suis inscrit dans ce cadre

Une grande partie de la littérature sur le chômage et ses conséquences s’est longtemps centrée sur l’individu : ses ressources, sa motivation, sa santé ou son bien-être. Ces travaux sont essentiels, mais ils peinent à rendre compte du fait que le chômage est aussi une position sociale définie par le regard d’autrui (Bourguignon et al., 2022).

Pour ma thèse, nous cherchions un cadre permettant d’articuler les dimensions individuelles, interpersonnelles et structurelles de la stigmatisation, de façon clairement définie. Le cadre de Fox et al. (2018) apporte cette ossature théorique. En pensant la stigmatisation comme un ensemble de processus distincts mais interconnectés, impliquant différents acteurs, différentes perspectives et différents niveaux d’analyse, nous avons pu organiser les travaux passés au sein d’une grammaire théorique claire et unifiée, puis pointer les zones d’ombre pour réaliser les travaux manquant Et ça, c’est pour les futurs posts.

Références

Bourguignon, D., Seghouat, S., Marie, C., & Herman, G. (2022). Le chômage et la stigmatisation à l’œuvre. In K. Faniko, D. Bourguignon, O. Sarrasin, & S. Guimond (Éds.), Psychologie de la discrimination et des préjugés : De la théorie à la pratique (2ᵉ éd.). De Boeck.
Bringmann, L. F., Elmer, T., & Eronen, M. I. (2022). Back to Basics: The Importance of Conceptual Clarification in Psychological Science. Current Directions in Psychological Science, 31(4), 340‑346. https://doi.org/10.1177/09637214221096485
Fox, A. B., Earnshaw, V. A., Taverna, E. C., & Vogt, D. (2018). Conceptualizing and Measuring Mental Illness Stigma: The Mental Illness Stigma Framework and Critical Review of Measures. Stigma and Health, 3(4), 348‑376. https://doi.org/10.1037/sah0000104
Link, B. G., & Phelan, J. C. (2001). Conceptualizing stigma. Annual Review of Sociology, 27, 363‑385. https://doi.org/10.1146/annurev.soc.27.1.363
Pescosolido, B. A., & Martin, J. K. (2015). The Stigma Complex. Annual Review of Sociology, 41(Volume 41, 2015), 87‑116. https://doi.org/https://doi.org/10.1146/annurev-soc-071312-145702